Je suis ton soleil

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Ce livre de 460 pages, écrit par Marie Pavlenko, est un bijou. Vraiment.

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Je suis ton soleil Marie Pavlenko livre


Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s'acharne à les dévorer. Mais ce n'est pas le pire, non.
Le pire, est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d'une inconnue aux longs cheveux bouclés ?
Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l'aide, des amis, du courage et beaucoup d'humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

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Cela fait trois fois que je le lis et à chaque fois les mêmes émotions merveilleuses, le même bonheur, les rires aux larmes toute seule (à part ça tout va bien). Quand je le lis, je suis Déborah.
Ce roman s'est fait une place bien à l'abri dans mon cœur. Je voudrais le relire encore et encore et encore.


L'écriture est tellement juste, tellement drôle, tellement magnifique ! Une bouffée de bonheur. Peut-être cela est-ce dû à mon âge, proche de celui de Déborah Dantès (non, je ne vous le dévoilerai pas !), mais je me suis vraiment reconnue et identifiée à elle. Elle semble avoir les mêmes pensées que moi (serait-ce l'inverse ?) et je me mets totalement dans sa peau. Aussi étonnant que cela puisse paraître, pendant quelques heures voire quelques jours après l'avoir lu, je voulais être Déborah, vivre ses aventures. Comme dans une bulle.
J'adore cette sensation.

 
lectrice peinture tableau
Tableau que je trouve particulièrement beau - on dirait moi quand je lis ;) (la robe en moins)


En effet, quand j'aime particulièrement un roman, je ne peux m'empêcher de comparer, plus tard, ma vie aux situations du livre en question (péripéties, répliques, sentiments...). Je repère chacune de ses similitudes avec ma vie (je sais que cela paraît... dingue). Souvent, ça m'aide à je ne sais quoi, mais en tout cas j'adore ça. C'est pourquoi Je suis ton soleil est un vrai coup de cœur.
Les personnages sont extrêmement bien dépeints : l'héroïne bien sûr, et puis Victor, Jamal, Anna et Paul, Eloïse et Erwann, et tant d'autres. Mention spéciale à Cassiopée, Gertrude et Joséphina les mygales ainsi qu'à Isidore le chien-clochard de la honte.
Un autre point fort : les références littéraires. Tous les titres des chapitres ou presque sont en réalité des extraits légèrement modifiés de poèmes célèbres, romans ou chansons. J'adore les jolis mots (comme "Subtilité du Palimpseste" ;p), en lisant ce livre je suis comblée.

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Quelques extraits pour vous donner encore plus envie de découvrir ce trésor.

Page 1 :

L'enveloppe est blanche. Le timbre, rouge.
Une lettre anodine, à part l'écriture nerveuse et serrée que je connais si bien.
Celle de Victor.
Je pose l'enveloppe sur le lit.
Je n'ose plus la toucher, encore moins l'ouvrir. Pour l'instant, à l'intérieur, il y a l'infini : l'abandon, la solitude, le chagrin, la tristesse, le ridicule, des torrents de larmes, l'espoir, l'avenir, des guirlandes de fous rires, les petits oiseaux qui chantent, la vie en beau.
Si je fais comme si l'enveloppe n'était pas là, tout reste possible.
Je me lève ramasse une petite culotte qui traîne, charge mon téléphone qui affiche 98 % de batterie. Observe Isidore qui bave sur mon parquet. Décale ma lampe de chevet de deux centimètres, lance ma culotte au hasard. Isidore lève une oreille quand elle retombe par terre.
Je soupire.
Je prend la lettre.
Je veux savoir.


dessin renard noir et blanc crayon à papier crayon de bois
Le renard, animal totem de Déborah - Dessiné par Nymeria (inspiré de Pinterest)


Page 48 - Conseil donné par Carrie, libraire, à Déborah) :

Or, que font-ils, quand le rendez-vous est en retard ? J'avais haussé les épaules. "Ils farfouillent dans leur téléphone ou s'allument une cigarette ! [...] Une idiotie. Le portable, ça fait étriqué du cerveau, incapable de profiter de la vraie vie. Quant à l'autre option... j'ai essayé : haleine déplorable et bronches enduites de goudron. Sans parler du bonus teint crayeux. Alors qu'il y a les livres ! Quoi de plus sexy qu'un bouquin ? Tu poireautes au resto est l'heureux élu est en retard ? Pas de téléphone, un livre. Tu attends la sortie du métro ? Un livre. Mystérieuse, lointaine, cultivée... Avec une touche de rouge à lèvres, rien de plus sensuel. [...] Depuis, je ne sors jamais sans un livre dans ma poche.

 
Pages 113 à 115 - Débo arrive pour la première fois chez Jamal, et est accueillie avec quelque chose assez étrange... :

Nos pas sont atténués par un épais tapis, nous passons une ribambelle de portes closes, traversons un boudoir rococo orné de peintures et d'horloges anciennes sous verre, toutes en état de marche, et débouchons sur un gigantesque salon. Je lâche la main de Jamal et admire un piano demi-queue (sur lequel il n'y a aucunes partitions), quatre énormes canapés, des étagères remplies de livres d'art, de sculptures, de poteries et de bibelots que je devine hors de prix.
Au centre, blême et immobile, Victor est debout sur une chaise.
- Attention où tu marche ! lâche-t-il aussitôt qu'il m'aperçoit.
Il parle sans desserrer les dents.
- Si c'était dangereux, je ne vous aurait jamais fait entrer ! le rabroue Jamal.
Je l'observe mieux.
- Pourquoi tu transpires du front, alors ? 
- Prends une chaise et mets-toi à côté de Victor !
Un pressentiment désagréable dresse l'un après l'autre les poils de mes bras.
- Vous ne seriez pas en train de me bizuter ?
- Pas du tout, réplique Jamal, on n'est pas si grossier.
- Dans ce cas, qu'est-ce que vous manigancez ?
Victor contracte tellement ses mâchoires que son visage est transfiguré. Plus je le regarde, plus je le trouve livide.
- Prends une chaise ! insiste Jamal en me poussant dans le dos.
- Un, tu e lâches. Deux, j'ai passé une journée pourrie et n'ai aucune intention de singer les intermittents du spectacle qui tiennent la pose trois heures déguisés en Yoda pour attendrir les touristes !
Victor pince les lèvres. Il se retient de rire. Ou plutôt, quelque chose l'empêche de rire.
Leur petit duo m'exaspère.
- Bon, Jamal, tu craches le morceau ou je rentre chez moi !
Il se dandine d'une jambe sur l'autre, et Victor intervient, toujours sans articuler.
- Dis-lui, mais je te parie qu'elle ne reste pas.
Jamal pousse une soupir résigné et se tourne vers moi.
- J'ai laissé sortir Gertrude, la seule à aimer se promener, mais je l'ai perdue. Jolie jupe, en fait, tu devrais en mettre plus souvent.
- QUOI ?! Une mygale se balade ici ?! EN LIBERTÉ ? 
Je lâche trois litres de transpiration.
J'imagine la bestiole et le décor vacille : ses huit yeux ronds, sa silhouette velue, ses longues pattes articulées. Elle peut être tapie sous n'importe quel meuble, nous guetter se tasser déjà pour attaquer, prête à me planter ses crochets venimeux dans la gorge et m'enrouler dans un cocon dégueu comme dans Le Seigneur des Anneaux. Ou bien elle va faire le saut de l'ange, se laisser tomber du plafond droit dans mes cheveux et je sentirai ses grosses pattes poiles sur mon cuir chev...
Je me rue dans le couloir, direction la sortie.
- Ne fais pas l'andouille ! hurle Jamal qui cavale derrière moi. Elle n'a plus ses crochets !
Je me jette sur la porte et la secoue de toutes forces mais IL M'A ENFERMÉE, OH MON DIEU ! 

Un peu plus loin...

- Salut... je marmonne une fois juchée dessus [la chaise].
- Alors comme ça, tu as passé une journée pourrie ? s'enquiert-il pendant que Jamal parcourt le salon à quatre pattes.
- Ne fais pas genre : "Je suis ultra désinvolte", ça ne marche pas. Tu as un teint de cadavre.
- La différence entre toi et moi, rétorque-t-il, c'est que j'ai déjà vu Gertrude. Je sais pourquoi je suis au bord de mouiller mon pantalon. 


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Et vous, avez-vous déjà lu ce livre ? Vous tente-t-il ?


6 commentaires:

  1. Oh c'est marrant, je passe souvent devant à la bibliothèque, sans jamais m'arrêter dessus. Le titre est plutôt attirant pourtant, je ne sais pas ce qui me retient. En tout cas ton billet est convaincant et m'a bien donné envie, la prochaine fois je l'emprunte ! (bien qu'il me reste encore un pavé et demi à terminer...)

    Bises !

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  2. Tu en parles avec tellement d'amour, ça donne envie ! Et tu n'es pas seule à t'identifier à ce point aux personnages, j'adore le faire aussi, pour me plonger encore plus dans le livre, et parce que j'aime voyager dans d'autres vie. Peut-être est-ce mon hypersensibilité et mon empathie qui me pousse à le faire, mais j'adore ça ! :)

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    1. Oui, c'est exactement l'impression que j'ai : celle de voyager dans d'autres vies :)
      Je ne suis pas sûre que ça soit grâce a ton hypersensibilité, car je ne suis pas hypersensible et je ressens la même chose que toi, mais une chose est sûre : on adore s'identifier aux personnages :D

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  3. Ta critique est superbe aussi ! Comme lors de ma lecture, j'ai ressenti cette étonnante proximité avec cette Déborah si attachante. Elle a ce côté à la fois si banal (et en même temps si exceptionnel à son humble façon) qu'on s'identifie énormément à elle ! Et comme toi, la plume de Marie Pavlenko m'a enchantée, émerveillée, transportée.

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